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~ La passion du vide, Guy Amedé Karl / Twiggy, Richard Avedon ~

~ La passion du vide, Guy Amedé Karl / Twiggy, Richard Avedon ~
"Contemplant le vaste sein de la Nature éternelle et infinie, Lucrèce est saisi d'un sentiment double, bien conforme à sa sensibilité fondamentale : une exaltation sans mesure, une expansion "maniaque", une dilatation de tout son être, une volupté sans limite à voir la créativité, l'immensité, l'éternité inconcevable de ce Tout, éternellement identique à lui-même en tant que Tout (la somme des sommes est toujours la somme) et éternellement créatrice de changements, de destructions et de renouvellements au niveau de la partie, des corps composés soumis à la naissance et à la mort, et irréversiblement remplacés par d'autres corps innombrables, tout aussi éphémères. Volupté des rencontres atomiques, des clinamens imprévisible, auteurs aléatoires de créations indéfiniment renouvelées, volupté des corps de contact, des frôlements, des touchers, des glissements, des déplacements dans le vide infini, psysio-logie des entrelacs, des confluences dans la danse cosmique ; comme des poussières qui tourbillonnent dans la lumière, qui se heurtent, s'entrechoquent, se repoussent et se reprennent, danse nuptiale affolée et chaotique des éléments, des corps et des étoiles dans le vaste univers sans bornes. Volupté en effet inépuisable, quotidienne, miracle sans fin recommencé, jouissance absolue de s'immerger soi-même sans la danse et d'y trouver sa plus intime "raison".
Et l'horreur, tout aussi bien, et tout aussi extrême, de la mort perpétuellement infligée à toute chose finie, le carnaval impitoyable des choses ployant sous les lois du destin, emportée comme des feuilles d'automne, livrées sans recours à la tempête qui emporte tout, et les sables du désert, et les colonnes des temples, et les livres, et les riches et les pauvres, et les fous et les sages : loi impitoyable du Réel, univers, massacre, sac et ravage, affliction et deuil sans espoir. Cruauté abominable de cette "nature des choses" qui ne respecte rien, ne comprend rien et détruit tout : et pire encore, détruit pour recommencer indéfiniment le carnage. Que sont les dieux face à cet "état des choses" ? De pauvres pantins, amas d'atomes comme tout le reste, et sans pouvoir sur le Réel
."

# Posté le lundi 11 mai 2009 01:59

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