"En effet, dans la crise l'existence est comme suspendue, happée par des gouffres inaperçus jusqu'alors. Mais s'ils étaient inaperçus, ils n'étaient pas inexistants pour autant. La crise est donc simultanément révélation, en nous montrant ce qu'on ne voulait ou ne pouvait pas voir. La crise, ce n'est personne, personne d'autre que nous-mêmes, c'est pourquoi dans la crise nous sommes démunis, seuls face à nous-mêmes. La crise est une épreuve de soi car elle est d'abord un affect, une tonalité affective. Provoquée par personne, la crise est une modification de moi-même, où je perds les repères rassurants de la quotidienneté. Certes, elle peut être déclenchée par l'intermédiaire d'autrui, dans le deuil ou la rupture amoureuse par exemple. Mais par sa radicalité et sa démesure, elle dépasse toujours les circonstances où elle a lieu, de même qu'un très grand bonheur se situe toujours au-delà de ses "causes", s'il en a."
