~ La Nuit remue, Henri Michaux / Ondines, Poissons d'argent, Gustav Klimt ~

~ La Nuit remue, Henri Michaux / Ondines, Poissons d'argent, Gustav Klimt ~
"L'âme adore nager.
Pour nager on s'étend sur le ventre. L'âme se déboîte et s'en va. Elle s'en va en nageant. (Si votre âme s'en va quand vous êtes debout, ou assis, ou les genoux ployés, ou les coudes, pour chaque position corporelle différente l'âme partira avec une démarche et une forme différentes c'est ce que j'établirai plus tard.)
On parle souvent de voler. Ce n'est pas ça. C'est nager qu'elle fait. Et elle nage comme les serpents et les anguilles, jamais autrement.
Quantité de personnes ont ainsi une âme qui adore nager. On les appelle vulgairement des paresseux. Quand l'âme quitte le corps par le ventre pour nager, il se produit une telle libération de je ne sais quoi, c'est un abandon, une jouissance, un relâchement si intime.
L'âme s'en va nager dans la cage de l'escalier ou dans la rue suivant la timidité ou l'audace de l'homme, car toujours elle garde un fil d'elle à lui, et si ce fil se rompait (il est parfois très ténu, mais c'est une force effroyable qu'il faudrait pour rompre le fil), ce serait terrible pour eux (pour elle et pour lui).
Quand donc elle se trouve occupée à nager au loin, par ce simple fil qui lie l'homme à l'âme s'écoulent des volumes et des volumes d'une sorte de matière spirituelle, comme de la boue, comme du mercure, ou comme un gaz - jouissance sans fin.
C'est pourquoi le paresseux est indécrottable. Il ne changera jamais. C'est pourquoi aussi la paresse est la mère de tous les vices. Car qu'est-ce qui est plus égoïste que la paresse ?
Elle a des fondements que l'orgueil n'a pas.
Mais les gens s'acharnent sur les paresseux.
Tandis qu'ils sont couchés, on les frappe, on leur jette de l'eau fraîche sur la tête, ils doivent vivement ramener leur âme. Ils vous regardent alors avec ce regard de haine, que l'on connaît bien, et qui se voit surtout chez les enfants
."

# Posted on Thursday, 14 May 2009 at 3:20 PM

~ Eurydice, Jean Anouilh / The Cobra Snake ~

~ Eurydice, Jean Anouilh / The Cobra Snake ~
"Je parle tout le temps, mais je ne sais pas répondre. C'est d'ailleurs pour cela que je parle tout le temps, pour empêcher qu'on me questionne. C'est ma façon d'être muette."

"Oh ! il ne faut par croire que c'est très compliqué d'être mystérieuse. Il suffit de ne penser à rien, c'est à la portée de toutes les femmes."

"Je ne suis pas de ceux qui se consolent d'un mal en disant "c'est la vie". Qu'est-ce que vous voulez que cela me fasse, à moi, que ce soit la vie ?... Qu'un million de grains de sable soient broyés en même temps que moi ?"

"Vous êtes tous les mêmes. Vous avez soif d'éternité et dès le premier baiser vous êtes verts d'épouvante parce que vous sentez obscurément que cela ne pourra pas durer. Les serments sont vite épuisés."

"[La mort] seule donne à l'amour son vrai climat."

# Posted on Monday, 11 May 2009 at 2:07 AM

~ Kafka sur le rivage, Haruki Murakami / Coledale ~

~ Kafka sur le rivage, Haruki Murakami / Coledale ~
"Parfois, le destin ressemble à une tempête de sable localisée qui se déplace sans cesse. Tu modifies ton allure pour lui échapper. Mais la tempête modifie aussi la sienne. Tu changes à nouveau le rythme de ta marche, et la tempête change son rythme elle aussi. C'est sans fin, cela se répète un nombre incalculable de fois, comme une danse macabre avec le dieu de la Mort, juste avant l'aube. Pourquoi ? Parce que cette tempête n'est pas un phénomène venu d'ailleurs, sans aucun lien avec toi. Elle est toi-même, et rien d'autre. Elle vient de l'intérieur de toi. Alors, la seule chose que tu puisses faire, c'est pénétrer délibérément dedans, fermer les yeux et te boucher les oreilles afin d'empêcher le sable d'y entrer, et la traverser pas à pas. Au c½ur de cette tempête, il n'y a pas de soleil, il n'y a pas de lune, pas de repères dans l'espace; par moments même le temps n'existe plus. Il n'y a que du sable blanc et fin comme des os broyés qui tourbillonne haut dans le ciel."

# Posted on Monday, 11 May 2009 at 2:02 AM

~ La passion du vide, Guy Amedé Karl / Twiggy, Richard Avedon ~

~ La passion du vide, Guy Amedé Karl / Twiggy, Richard Avedon ~
"Contemplant le vaste sein de la Nature éternelle et infinie, Lucrèce est saisi d'un sentiment double, bien conforme à sa sensibilité fondamentale : une exaltation sans mesure, une expansion "maniaque", une dilatation de tout son être, une volupté sans limite à voir la créativité, l'immensité, l'éternité inconcevable de ce Tout, éternellement identique à lui-même en tant que Tout (la somme des sommes est toujours la somme) et éternellement créatrice de changements, de destructions et de renouvellements au niveau de la partie, des corps composés soumis à la naissance et à la mort, et irréversiblement remplacés par d'autres corps innombrables, tout aussi éphémères. Volupté des rencontres atomiques, des clinamens imprévisible, auteurs aléatoires de créations indéfiniment renouvelées, volupté des corps de contact, des frôlements, des touchers, des glissements, des déplacements dans le vide infini, psysio-logie des entrelacs, des confluences dans la danse cosmique ; comme des poussières qui tourbillonnent dans la lumière, qui se heurtent, s'entrechoquent, se repoussent et se reprennent, danse nuptiale affolée et chaotique des éléments, des corps et des étoiles dans le vaste univers sans bornes. Volupté en effet inépuisable, quotidienne, miracle sans fin recommencé, jouissance absolue de s'immerger soi-même sans la danse et d'y trouver sa plus intime "raison".
Et l'horreur, tout aussi bien, et tout aussi extrême, de la mort perpétuellement infligée à toute chose finie, le carnaval impitoyable des choses ployant sous les lois du destin, emportée comme des feuilles d'automne, livrées sans recours à la tempête qui emporte tout, et les sables du désert, et les colonnes des temples, et les livres, et les riches et les pauvres, et les fous et les sages : loi impitoyable du Réel, univers, massacre, sac et ravage, affliction et deuil sans espoir. Cruauté abominable de cette "nature des choses" qui ne respecte rien, ne comprend rien et détruit tout : et pire encore, détruit pour recommencer indéfiniment le carnage. Que sont les dieux face à cet "état des choses" ? De pauvres pantins, amas d'atomes comme tout le reste, et sans pouvoir sur le Réel
."

# Posted on Monday, 11 May 2009 at 1:59 AM

~ Biographie de la faim, Amélie Nothomb / Virgin suicides, Sofia Coppola ~

~ Biographie de la faim, Amélie Nothomb / Virgin suicides, Sofia Coppola ~
"Les oiseaux étaient trop loin pour que je puisse identifier leur espèce. Leur silhouette se réduisait à une calligraphie arabe qui tournoyait dans l'éther.
J'aurais tant voulu être cela : une chose sans détermination, libre de voler n'importe où. Au lieu de quoi j'étais enfermée dans un corps hostile et malade et dans un esprit obsédé par la destruction
."

# Posted on Sunday, 10 May 2009 at 2:50 PM

~ A nos actes manqués, Jean-Jacques Goldman / 2046, Wong Kar-Wai ~

~ A nos actes manqués, Jean-Jacques Goldman / 2046, Wong Kar-Wai ~
"A tous mes loupés, mes ratés, mes vrais soleils, tous les chemins qui me sont passés à côté, à tous mes bateaux manqués, mes mauvais sommeils, à tous ceux que je n'ai pas été, aux malentendus, aux mensonges, à nos silences, à tous ces moments que j'avais cru partager, aux phrases qu'on dit trop vite et sans qu'on les pense, à celles que je n'ai pas osées, à nos actes manqués, aux années perdues à tenter de ressembler, à tous les murs que je n'aurais pas su briser, à tout c'que j'ai pas vu tout près, juste à côté, tout c'que j'aurais mieux fait d'ignorer, au monde, à ses douleurs qui ne me touchent plus, aux notes, aux solos que je n'ai pas inventés, tous ces mots que d'autres ont fait rimer et qui me tuent, comme autant d'enfants jamais portés, à nos actes manqués, aux amours échouées de s'être trop aimé, visages et dentelles croisés justes frôlés, aux trahisons que j'ai pas vraiment regrettées, aux vivants qu'il aurait fallu tuer, à tout ce qui nous arrive enfin, mais trop tard, à tous les masques qu'il aura fallu porter, à nos faiblesses, à nos oublis, nos désespoirs, aux peurs impossibles à échanger, à nos actes manqués."

# Posted on Sunday, 10 May 2009 at 2:41 PM

~ Prozac Nation, Elizabeth Wurtzel / Coffee and cigarettes, Jim Jarmush ~

~ Prozac Nation, Elizabeth Wurtzel / Coffee and cigarettes, Jim Jarmush ~
"Je sais à quel point il est épuisant de dîner avec une dépressive, ce qui n'est pourtant pas grand-chose. Nous sommes des gens tellement irritants, nous voyons le côté sombre de tout, et notre mécontentement permanent gâche tout pour tout le monde. C'est comme de voir un film qui vous paraît superbe, spirituellement enrichissant, ou très amusant, en dépit de ses défauts, et d'être avec quelqu'un qui est dans une école de cinéma ou critique de profession, qui tend à analyser chaque instant du film jusqu'à ce que la joie pure que vous ressentez -inutile de l'expliquer- succombe à tous ses pinaillages et ses coupages de cheveux en quatre. Et quelqu'un d'aussi revêche finit pas vous gâcher la soirée, par étouffer votre enthousiasme, par tuer notre allégresse. Bon, c'est ça être en compagnie d'un déprimé. La seule différence, c'est que ça n'est pas pour un film ou pour une soirée. C'est tout le temps."

# Posted on Sunday, 10 May 2009 at 2:01 PM

~ Les nourritures terrestre, André Gide / Les serpents d'eau IV, Gustav Klimt ~

~ Les nourritures terrestre, André Gide / Les serpents d'eau IV, Gustav Klimt ~
"Nathanaël, je te parlerai de l'ivresse.
Nathanaël, souvent le plus simple assouvissement me fut une ivresse, tant, avant, j'étais ivre déjà de désirs. Et ce que je cherchais sur les routes, ce n'était pas d'abord tant une auberge que ma faim.
Ivresses - du jeûne, quand on a marché de très bon matin, et que la faim n'est plus un appétit mais un vertige. Ivresse de la soif, lorsqu'on a marché jusqu'au soir.
Le plus frugal repas me devenait alors excessif comme une débauche et je goûtais lyriquement l'intense sensation de ma vie. Alors, l'apport voluptueux de mes sens faisait, de chaque objet qui les touchait, comme mon palpable bonheur. [...]
J'ai connu l'ivresse qui vous fait croire meilleur, plus grand, plus respectable, plus vertueux, plus riche etc. - que l'on n'est
."

"Nathanaël que toute émotion sache te devenir une ivresse. Si ce que tu manges ne te grise pas c'est que tu n'avais pas assez faim."

# Posted on Sunday, 10 May 2009 at 1:57 PM

Edited on Sunday, 10 May 2009 at 2:46 PM

~ Ma réédition, Toni Bentley / Zara Davis ~

~ Ma réédition, Toni Bentley / Zara Davis ~
"Le miroir montre l'impossibilité de la perfection. Ainsi était née une étrange intimité : sans cesse je me sculptais, je me transformais, me perfectionnais et me remodelais, pendant que le miroir - glacé et fidèle - trônait en juge, comme Dieu. Le miroir était désormais geôlier et sauveur, la source du mépris de soi et pourtant la seule source d'affirmation. J'étais humble devant la toute-puissante glace, avec son illusion de trois dimensions en deux. Je m'y soumettais complètement. Alors que Dieu restait distant, l'autorité du miroir sur moi était absolue."

# Posted on Sunday, 10 May 2009 at 1:51 PM

~ L'épreuve de soi, Claire Marin (dir.) / Control, Anton Corbijn ~

~ L'épreuve de soi, Claire Marin (dir.) / Control, Anton Corbijn ~
"En effet, dans la crise l'existence est comme suspendue, happée par des gouffres inaperçus jusqu'alors. Mais s'ils étaient inaperçus, ils n'étaient pas inexistants pour autant. La crise est donc simultanément révélation, en nous montrant ce qu'on ne voulait ou ne pouvait pas voir. La crise, ce n'est personne, personne d'autre que nous-mêmes, c'est pourquoi dans la crise nous sommes démunis, seuls face à nous-mêmes. La crise est une épreuve de soi car elle est d'abord un affect, une tonalité affective. Provoquée par personne, la crise est une modification de moi-même, où je perds les repères rassurants de la quotidienneté. Certes, elle peut être déclenchée par l'intermédiaire d'autrui, dans le deuil ou la rupture amoureuse par exemple. Mais par sa radicalité et sa démesure, elle dépasse toujours les circonstances où elle a lieu, de même qu'un très grand bonheur se situe toujours au-delà de ses "causes", s'il en a."

# Posted on Sunday, 10 May 2009 at 2:17 AM